Arthur, Etre et apprendre à devenir mère, Le billet d'humeur de la semaine, slider,

Ce que je voudrais te dire

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Hier, juste avant la minute de silence, j’ai expliqué à Arthur, petit bonhomme, que nous allions nous taire pendant une minute, pour rendre hommage aux victimes de vendredi. Je me suis placée en face de lui et lui ai tenu ses deux petites mains étoilées. Nous nous regardions. L’émotion était forte. Du haut de ses quatre mois, Arthur n’a pas babillé, n’a pas pleuré. Pendant cette minute là, il s’est tu, comme si il avait compris que c’était un moment grave et qu’il fallait le respecter.

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L’après-midi, des amis que je n’avais pas vu depuis très longtemps sont passés.
Dans la soirée, j’ai vu ma voisine, Justine. Nous avons pris le thé ensemble. C’était un moment doux et réconfortant. Pendant un temps, cela a permis  de penser à autre chose. Et puis, j’ai reçu un joli colis pour Arthur, plein de douceur de la part d’une amie Strasbourgeoise de longue date.

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Ce matin, en emmenant Arthur à la crèche, j’ai trouvé dans son casier, un papier. Ce genre de papier où l’on indique les grèves, les réunions à venir… Pourtant celui-ci n’avait pas de rapport. Il portait les stigmates de vendredi 13. Il s’agissait d’un papier où l’on indiquait la mort du papa de 0…, vendredi soir, dans les attentats. Je n’ai rien voulu montrer de ma tristesse, à Arthur. Il est si joyeux …. ça reste difficile de tout lui dire, il est encore tellement petit. A la crèche, les professionnelles de la petite enfance tentent coûte que coûte de garder le moral. Elles commencent tout juste à décorer pour Noel. Elles ne laissent rien paraître. Pourtant, l’émotion est là. Entre parents, on se sourit d’un demi-sourire. Il va falloir beaucoup de temps pour penser à autre chose. Le coeur n’y est pas. Dans la rue, les feuilles jaunes mortes jonchent les trottoirs; La pluie, le vent… la triste figure des gens. Nous sommes en deuil.

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En rentrant chez moi, je retrouve l’appartement vide. Depuis ce week-end, je ne suis pas restée seule une seule minute. Arthur n’est pas là. Je n’ai pas mon petit bonhomme tout plein de vie qui gazouille à bâtons rompus.
Je n’ai pas ses sourires qui me réconfortent. Je n’ai pas ses petites joues rebondies à couvrir de bisous.
Je n’ai pas de câlins à donner. Je n’ai que pour compagnie, la radio, branchée sur France Inter.
Depuis que je suis rentrée, je pense au petit garçon qui se retrouve sans son papa. Quel avenir pour lui, pour sa maman ? Je suis amère ! Je ne trouve pas de mots pour décrire mon ressenti. ça aurait tellement pu être nous ! Certains de nos copains ont vu les tirs juste en bas de chez-eux. Nous connaissons des gens qui connaissent des victimes. Nous ne connaissons pas la guerre ! Nous ne sommes pas de cette génération qui l’a connue. Jusqu’ici, nous avions la chance d’avoir été épargnés. J’aurais aimé parler avec ma grand-mère qui n’est plus de ce monde pour lui poser des questions. Mais elle n’est plus là… Je vais devoir faire sans. Elle m’aurait sans doute dit que l’on oublie bien vite les choses du passé.

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En tant que jeune maman, je me suis demandée ce que je ferais si Arthur était en mesure de tout comprendre ?
Quels mots j’utiliserais ? Quelle attitude j’adopterais ? Est-ce qu’un enfant est capable de tout entendre ?
Je ne crois pas. Les enfants ne devraient avoir peur que des loups.

Au fond, je crois que je lui dirais quand même que le monde dans lequel nous vivons est bien compliqué et que malgré ces moments difficiles, il y a de très belles choses à vivre. Que toute période connait des difficultés, il faut apprendre à vivre avec, même si c’est injuste et dégueulasse. Qu’il faut être toujours vigilant mais aussi confiant. Qu’il faut continuer à se sentir libre, libre de rire, libre d’écouter de la musique, d’aller au théâtre, d’être cultivé, de ne jamais avoir honte d’être ce que l’on est. De rester intègre et digne de soi, quoiqu’il advienne. De conserver ses valeurs. D’espérer, toujours. De ne laisser personne décider à sa place. De ne pas hésiter à dire quand les choses ne vont pas. D’être indulgent. Les gens sont différents, c’est ce qui créer la richesse des peuples. De profiter de chaque instant. De ne pas oublier de rire, de sourire et surtout d’aimer.

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2 Comments

Lorelei

c’est un très bel article…. très émouvant….
Oui nous connaissons tous quelqu’un qui connâit quelqu’un qui…
je ne pensais pas non plus connaître un jour la guerre pour de vrai, et je tremble moi aussi pour mes petits….

je t’embrasse

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Lucie

Même si la petite voisine d’Atrhur n’est pas encore là, toutes ces questions me sont aussi passées par la tête… Mon premier réflexe en parlant avec une amie était de nous promettre qu’on lui ferait voir toutes les paillettes et les jolies choses de la vie pour qu’elle garde le plus longtemps possible sa fraicheur. Et puis après bcp de lectures toute seule chez moi (congés mater oblige!) je me suis sentie prise d’une « mission ».En tant que (future)maman, je ne peux pas lui offrir un monde meilleur mais peut-être lui transmettre quelques petits outils pour mieux vivre ensemble?
Je n’écris pas aussi souvent et bien que toi, du coup je garde pleins de textes, de livres et de poèmes. Au final, ils parlent tous de respect, de tolérance, d’amour ou d’écoute. Peut-être qu’un jour je lui lirai ou lui donnerai? En tout cas j’espère que ce petit recueil m’aidera le jour où elle me posera des questions sur les méchants!
Bisous

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